Société & Santé

La Wild Chimpanzee Foundation en campagne pour la protection des forêts ivoiriennes

Le lundi 10 juin 2024, la Wild Chimpanzee Foundation (WCF) a organisé une activité à la salle Majestic Ivoire, en collaboration avec WCF Côte d’Ivoire et Alma Production. Cette journée a été marquée par la présentation de la pièce de théâtre « En Gbonhi pour Cavally », suivie d’un débat sur le thème : « Protection et régénération des forêts en péril : cas de la réserve naturelle de Cavally ».

La gestion des parcs nationaux : défis et réussites

Le Général Adama Tonsossama , Directeur général de l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR), a ouvert le débat en soulignant l’importance de la gestion des 18 aires protégées sous son autorité, couvrant environ 2 250 295 d’hectares, soit 7 % du territoire ivoirien. « Nous avons 10 réserves naturelles et 8 parcs nationaux où l’on trouve tous les paysages. Forêts, savannes, montagnes, » a-t-il expliqué. « Pour gérer ces espaces, l’OIPR assure six fonctions clés. Il s’agit notamment de la protection, du suivi écologique, l’aménagement, les relations avec les populations, la valorisation et la sensibilisation.

En ce qui concerne les succès, le Général Adama a cité le parc national de la Comoé avec ses 1 148 756 hectares. « Ce parc n’a ni plantations, ni campements à l’intérieur. Il est reconnu par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature comme réserve de biosphère et est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. » Il a également mentionné le parc national de Taï, qui est considéré comme l’un des espaces les mieux protégés d’Afrique de l’Ouest : « Il ne reste plus qu’environ 500 000 hectares de forêts primaires en Côte d’Ivoire, et le parc national de Taï en constitue une partie significative. »

Cependant, les défis sont nombreux. « Sur les 18 aires protégées, 80 % n’ont ni champs ni campements. Les campements qui existent en général ont été hérités des anciennes réserves, sauf la Marahoué, qui est un cas d’école. Nous avons besoin de renforcer nos équipes pour répondre convenablement aux missions confiées, » a ajouté le Général Adama, soulignant le besoin crucial de moyens financiers et humains. « L’OIPR, c’est 500 agents pour 2 250 295 d’hectares. Quand vous enlevez les cadres, il ne reste plus que 300 agents. C’est un défi énorme ».

La nouvelle politique forestière : vers une couverture forestière de 20 % d’ici 2030

Le Conseiller Technique au Ministère des Eaux et Forêts (MINEF), Colonel Major Dogui Aboa, a présenté les ambitions de la nouvelle politique forestière ivoirienne. « Nous visons à reboiser et atteindre 20 % de couvertures forestières d’ici 2030, soit 6,5 millions d’hectares de forêts, » a-t-il déclaré. « Le budget de la restauration sur les dix prochaines années est de 616 milliards FCFA, mais nous n’avons pas encore atteint la moitié du financement nécessaire. »

Pour atteindre cet objectif, le Colonel Major Aboa a évoqué l’agroforesterie comme une stratégie clé. « Nous encourageons les planteurs de cacao à intégrer des arbres forestiers dans leurs plantations. Chaque planteur doit planter au moins 40 pieds d’essence forestière par hectare. C’est une autre forme de créer la forêt qui est en vogue en Côte d’Ivoire. Cette méthode permet non seulement de restaurer la couverture forestière, mais aussi de protéger les cultures contre les effets du changement climatique, » a-t-il expliqué.

L’engagement du secteur privé dans la restauration forestière

La Directrice régionale de l’agroforesterie chez OLAM Cocoa, Dr Bonnehin Léonie, a partagé les initiatives du secteur privé. « Toutes les compagnies cacaoyères de Côte d’Ivoire ont signé l’initiative Cacao et Forêt en 2017. Nous nous sommes engagés à restaurer les forêts et à promouvoir l’agroforesterie, » a-t-elle déclaré. « Chez OLAM, nous avons pour objectif de planter près de 6 millions d’arbres d’ici 2025. Nous sommes sur la bonne voie et attendons un taux de survie de 80 % pour ces arbres plantés. »

Elle a également souligné l’importance de cette démarche pour l’adaptation climatique : « Les espèces forestières que nous distribuons contribuent à réintroduire la biodiversité dans les agro-écosystèmes et à séquestrer le carbone. C’est essentiel pour protéger nos plantations contre les fortes températures liées au réchauffement climatique. Les espèces menacées de disparition, comme la samela et le makoré, sont maintenant produites dans nos pépinières et distribuées aux planteurs. »

Le rôle crucial des ONG et de la société civile

Le représentant du Réseau des Observateurs Indépendants de Côte d’Ivoire et de l’ONG IDEF, Anderson Diédri a fait cas du rôle des ONG dans la bonne gestion forestière. « Nous promouvons la transparence dans la gestion des ressources naturelles par l’observation indépendante des forêts, » a-t-il expliqué. « Cela nous permet de nous assurer que les lois sont appliquées afin de signaler les activités illégales. Par exemple, dans le cadre de l’exploitation forestière, nous veillons à ce que les opérateurs reboisent en fonction du volume d’arbres prélevés », a-t-il expliqué.

Il a ajouté : « Nous aidons également à la restauration des écosystèmes en reboisant et en sensibilisant les populations à des pratiques écoresponsables. L’année dernière, nous avons sensibilisé des agriculteurs dans la zone de Man. Nous avons identifié les 10 meilleurs et leur avons donné 100 000 FCFA pour les encourager. »

Les enjeux de la réserve naturelle de Cavally

Le Général Adama a également abordé les enjeux spécifiques de la réserve naturelle de Cavally. « Nous avons intensifié nos actions de sensibilisation et expliqué aux populations locales que certaines activités, comme les plantations et l’orpaillage, sont illégales. En 2014, il y avait 4 500 hectares de plantations illégales dans le parc national de Taï, aujourd’hui, il n’y en a plus. Nous utilisons le suivi satellite pour orienter nos activités de protection, » a-t-il affirmé.

Il a souligné l’importance des moyens financiers et humains : « Avec plus de moyens, nous pourrions intensifier nos patrouilles et détruire les plantations illégales plus efficacement. Les orpailleurs ont été déguerpis, et nous veillons à ce qu’ils ne reviennent pas. »

L’impact de la pièce de théâtre « En Gbonhi pour Cavally »

La Directrice de l’ONG Wild Chimpanzee Foundation, Dr Nomand Emmanuelle, a expliqué l’importance de la pièce de théâtre présentée lors de l’événement. « La nouvelle réserve du Cavally a été créée en septembre 2023. Avant cela, c’était la forêt classée du Cavally, gérée par la SODEFOR sous le ministère des Eaux et Forêts. Aujourd’hui, c’est une aire protégée gérée par l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves sous le ministère de l’Environnement, » a-t-elle précisé.

Elle a souligné l’objectif de la pièce de théâtre : « Cette pièce a été créée pour parler de la création de cette réserve et de l’implication des communautés. Le théâtre permet de faire passer un message à de nombreuses personnes avec de l’humour, des jeux et de la musique. La première pièce de théâtre en 2002 portait sur les chimpanzés et la chasse. Les études ont montré que les personnes qui avaient vu la pièce consommaient de moins en moins la viande de brousse. Aujourd’hui, nous présentons la quatrième pièce sur la forêt du Cavally. »

Dr Emmanuelle a également rappelé l’impact des pièces précédentes : « La première dénonçait les bandes armées qui sévissaient dans cette forêt et expliquait que tout cela était illégal. Suite à cela, environ 5 000 personnes sont sorties de la forêt et ont compris le message. Aujourd’hui, cette pièce de théâtre parle de la forêt classée de Goin-débé, qui touche le nord de la nouvelle réserve du Cavally. Cette forêt crée pas mal de problèmes pour la gestion de la réserve, car elle est intégralement détruite. »

Elle a poursuivi : « Vous entendez parler le Frananglais, puisque la réserve du Cavally, sa frontière naturelle est le fleuve Cavally qui fait frontière avec le Libéria. Vous entendez parler de cacao illégal, de cacao produit dans la réserve, et d’orpaillage, car nous rencontrons aussi des orpailleurs. Les acteurs font découvrir ce qui se passe sur le terrain et autour de la forêt du Cavally. »

En Côte d’Ivoire, la pièce a tourné dans neuf campements et villages, touchant près de 4 000 personnes. « La sensibilisation de masse par le théâtre permet de toucher un plus grand nombre de personnes. L’objectif était de créer un cadre d’échange entre l’OIPR et les populations, et nous avons atteint cet objectif, » a conclu Dr Emmanuelle.

La Ministre d’État Anne Désirée Ouloto, marraine de l’événement, a également pris la parole pour exprimer son soutien et son engagement en faveur de la protection des forêts. « Cette pièce interpelle l’autorité que nous sommes. L’autorité va s’exercer avec plus de rigueur désormais. Notre rôle n’est pas de sanctionner, mais de sensibiliser et de mobiliser les populations, » a-t-elle affirmé avec détermination.

Elle a souligné l’importance de cet engagement pour l’avenir des générations futures : « Si d’année en année le couvert forestier diminue, les populations futures sont menacées d’existence. Nous devons tous nous engager. »

Marina Kouakou

Vous pourriez également aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *