Société & Santé

Au cœur de l’économie circulaire à Abidjan : les réalités du recyclage des déchets électroniques

Dans le secteur de la valorisation des déchets électroniques à Abidjan, les conditions de travail sont loin d’être idéales. Une visite dans les ateliers des électroniciens et dépanneurs à Adjamé, ainsi qu’à la casse d’Anoumabo, ce lundi 29 avril 2024, a révélé la dure réalité du terrain. Reportage.

Il est un peu plus de 9 heures ce 29 avril 2024. Comme à l’accoutumée, la commune d’Adjamé est très animée, malgré la chaleur accablante. Au sein du quartier Habitat, principal centre commercial de la ville, les commerces sont déjà ouverts. Près de la pharmacie Kana, de nombreux magasins vendent des appareils électroniques de toutes sortes, souvent importés d’Europe. Ces équipements, surnommés « appareils France au revoir », sont tous vendus, y compris ceux qu’on appelle communément « non testés ». Lorsque ces derniers s’avèrent défectueux, les clients se tournent vers des réparateurs, tel Yaya Coulibaly.

Yaya Coulibaly décrivant les conditions de travail

« Quand un client achète un ordinateur non testé et qu’il ne fonctionne pas, il vient à nous. Nous remettons l’appareil en état en fonction des problèmes identifiés », explique Yaya. Utilisant des pièces de machines hors service pour les réparations, il ajoute : « Parfois, nous achetons ces appareils pour récupérer des pièces pour d’autres réparations. Cela devient difficile de trouver les pièces nécessaires, puisque la population n’est pas encore éduquée sur la façon de se débarrasser des appareils électroniques. Souvent, nous devons recycler ce que nous avons« , fait-il savoir.

Aussi, il se rend dans les décharges et même chez les particuliers pour récupérer des articles qui pourraient l’intéresser. Pour ce technicien qui répare entre 5 à 10 ordinateurs par jour, bien que le métier nourrisse son homme, « il est impératif de trouver rapidement des solutions à cette problématique majeure ».

Les défis du marché : entre coûts et valeur des réparations

M. Koffi, spécialiste en réparation de télévisions et onduleurs

À quelques pas de là, se trouve M. Koffi, spécialiste en réparation de télévisions et onduleurs. Il décrit les défis de son métier intensifiés par la baisse des prix des appareils neufs. « Avant, une petite télévision coûtait 160 000 FCFA, et sa réparation pouvait rapporter 40 000 FCFA. Aujourd’hui, elles coûtent 60 000 FCFA et les clients hésitent à investir dans des réparations coûteuses » explique-t-il.

Concernant les précautions sanitaires, M. Koffi, avec vingt ans d’expérience, admet une négligence. « Nous vivons de notre travail et c’est tout. Nous avons des problèmes de vision, c’est vrai, mais nous consultons l’hôpital tous les trois à six mois« , dit-il.

La casse d’Anoumabo : un écosystème de recyclage

À la casse d’Anoumanbo, un travailleur transporte des climatiseurs pour donner une seconde vie à ces appareils obsolètes…

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À la casse d’Anoumabo, un espace de plus de 2 hectares, une variété de déchets provenant d’équipements électroniques et électriques est présente. « Nous récupérons et remettons en état les équipements, et si nécessaire, nous procédons au démantèlement pour trier et recycler« , explique le Président exécutif de l’Association des casses modernes de Côte d’Ivoire (AfecmCI), Mamadou Soro.

Le cuivre, l’aluminium, le caoutchouc et divers autres matériaux sont extraits lors de cette opération. Ensuite, des particuliers ou des entreprises viennent chercher les matériaux en fonction de leurs besoins spécifiques.

Bien que 90% des déchets du site soient traités, des difficultés persistent. « Nous sommes confrontés à des limitations. Certains matériaux, comme certains types de plastiques parmi la centaine de variétés identifiées, ne sont pas utilisables faute d’experts spécialisés dans leur traitement. Nous sommes contraints de les mettre de côté en attendant des avancées techniques« , confie-t-il.

Pour résoudre ces problèmes, Mamadou Soro estime qu’il est nécessaire de trouver des experts qualifiés et sensibilisés aux risques du métier. « Nous réfléchissons à cette question et cherchons des solutions pour assurer un traitement adéquat des déchets tout en préservant la santé de nos travailleurs« , conclut-il.

Selon Daniel Boussou, le Responsable de la communication et marketing de la structure organisatrice de la visite terrain, Electronic Wastes Africa (EWA) , « la reconnaissance professionnelle et sociale des dépanneurs est cruciale. Ils jouent un rôle essentiel dans l’économie circulaire et méritent des conditions équivalentes à celles d’autres professions« .

Cette sortie s’inscrit donc dans le cadre de la recherche d’alternative pour l’amélioration des conditions de travail.

Marina Kouakou

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2 commentaires

  1. Kouadio Sidoine a dit :

    Beau papier, merci. Mais j’ai besoin d’éclaircissement sur : 👉🏾 »Pour ce technicien qui répare entre 5 à 10 ordinateurs par jour, bien que le métier nourrisse son homme, « il est impératif de trouver rapidement des solutions à cette problématique majeure » ».
    Questions : c’est Quoi cette problématique ?
    Et quelle(s) solution(s) préconisez vous ?
    Merci

    1. Bonsoir M. Merci.
      La problématique évoquée par le technicien concerne la difficulté à trouver des pièces de rechange pour les réparations d’ordinateurs, ce qui entrave son travail malgré le fait que celui-ci soit source de revenus pour lui. Il est nécessaire d’organiser la récolte des déchets électroniques pour un bon processus de distribution, comme le souhaitent les acteurs.

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