Société & Santé

Histoire de l’esclavage : Regards sur les responsabilités africaines

« L’histoire de l’esclavage en Côte d’Ivoire, récits, mémoires et identités » : autour de ce thème, un débat d’idées a été organisé par l’Ambassade de France en Côte d’Ivoire le vendredi 1er décembre 2023, à l’Institut français d’Abidjan. C’était en prélude à la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage célébrée le 2 décembre.

Le débat avait pour objectif de retracer l’histoire de l’esclavage en Côte d’Ivoire. A cette occasion, Coulibaly Donigma, enseignant chercheur à l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan, spécialiste de la traite négrière et de l’esclavage, a axé son intervention sur les responsabilités africaines. « Nos ancêtres ont joué un rôle crucial dans ce commerce, d’où la question de la difficulté des réparations. Un enfant d’esclave ne peut pas prétendre être chef dans plusieurs localités. Chez moi au nord, à quelques kilomètres de Korhogo et aussi chez les Akans, c’est des réalités que nous vivons. Il ne faut pas cacher certaines réalités », a-t-il expliqué.
Il poursuit : « Les occidentaux ont financé, organisé, et déporté massivement, mais, avant, il y a eu la traite arabe. Cette traite intérieure que certains historiens appellent une forme de servitude douce, avait aussi ces particularités. Dans le royaume akan, lorsqu’un patriarche mourait, des esclaves, surtout les récalcitrants, étaient mis à mort pour l’accompagner et le servir dans l’au-delà. C’était une tradition ».

Traite intérieure, traite atlantique et travail forcé

Le chercheur, dont le mémoire a porté sur le thème : « Familles, mariages et relations sexuelles des esclaves dans le Sud des États-Unis au XIXe siècle », a précisé que l’esclavage en Côte d’Ivoire se présente sous plusieurs aspects. Ce qui prête à confusion. « On ne tarde pas à entremêler la traite négrière atlantique ou l’esclavage intérieur qui débouche sur l’esclavage extérieur, et la traite intérieure qui débouche sur l’esclavage pratiqué au sein de la société ivoirienne. Lorsqu’on fait attention au récit, il y a trois phénomènes à savoir la traite intérieure, la traite atlantique et le travail forcé. Ces phénomènes s’entremêlent. Lorsqu’il y a la traite intérieure, il y a aussi la traite transatlantique. Qu’on soit dans une société traditionnelle pré-européenne ou une société africaine, il faut faire des nuances entre ces phénomènes, mais à bien regarder, ils se rejoignent quelque part », a-t-il précisé.


Selon l’auteur de la thèse : « La Côte des Quaqua dans la traite négrière atlantique du XVIIIe au XIXe siècles », le Docteur Gildas Bi Kakou, l’esclavage, en Côte d’Ivoire, a précédé de la traite transatlantique. « Cet esclavage a permis l’esclavage exogène, de trouver un encrage au niveau local, quand on part d’un angle des Amériques aux côtes ivoiriennes. Dans ces sociétés, il y avait une incorporation de ces esclaves dans les différents secteurs d’activités », a-t-il affirmé.
A l’en croire, il y a une ponction de plus de 336 000 esclaves vendus sur la Côte des vents, cette côte qui part du Cap Monde à la frontière de la Sierra Leone jusqu’au Comoé inclus. La Côte des graines, qui part du Cap Monde au Cap des Palmes à la frontière du Cavally a constitué, toujours selon lui, plus de 75% des ponctions, et le premier port négrier en l’espèce sur la Côte des vents est le Cap Monde avec 125 000 esclaves ponctionnés.
Après cette côte, révèle le Dr Bi Kakou, vient le Cap Lahou qui lui ponctionne plus de 25 % d’esclaves traités sur cette côte à savoir plus de 85 000 esclaves vendus. Toutefois, il a précisé qu’il n’y a pas eu de comptoirs de trafic en Côte ivoirienne. Les traitants locaux accédaient eux-mêmes aux navires négriers par une technique de navigation adaptée à la dangerosité du relief marin.

Descendants d’esclaves

A son tour, la première femme Professeur titulaire en Archéologie en Afrique dans l’espace Cames, Hélène Kienon-Kaboré, chargée du patrimoine archéologique et du patrimoine culturel, a situé l’esclavage entre le XVIIe et le XVIIIe siècles. Les archives font remonter l’esclavage en 1700 c’est-à-dire au XVIIIe siècle et le phénomène prend fin vers 1820. Par la suite, on assiste à une autre forme d’esclavage clandestin qui va disparaître avec le contrôle des côtes par les Anglais et à la suite les Français.


L’actuelle directrice du Village Ki Yi M’Bock, Jenny Mezile, auteure du spectacle « Kanga Nianzé, les routes des esclaves », qui a été invitée à participer au panel, a pour sa part, fait l’état des lieux de la situation au sein de Kanga Nianzé, village situé dans la région de Tiassalé, en Côte d’Ivoire et reconnu comme un lieu témoin de l’histoire de l’esclavage à la faveur du projet « route des esclaves » porté par L’UNESCO, en 2016.

« L’histoire douloureuse y est toujours, on partait laver les esclaves dans la rivière là-bas… On n’est pas fier dans ce village de dire qu’on est descendant d’esclaves. J’ai mis plusieurs mois avant que les langues se délient. J’étais obligée de rappeler à chaque fois que je suis également descendant d’esclaves. Ce qui a rassuré. Là-bas, comme chez les Akans, on ne se marie pas n’importe comment », a-t-elle fait savoir.
Au terme du débat d’idées, les participants ont aussi assisté au spectacle « Kanga Nianzé, les routes des esclaves ». Ils devaient se rendre à Kanga Nianzé le dimanche 3 décembre 2023 pour un nouveau débat d’idées.
Pour rappel, la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage est un événement annuel, organisé le 2 décembre, depuis 1986 par l’Assemblée générale des Nations-Unies.


Marina Kouakou

Vous pourriez également aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *