Société & Santé

Changement climatique : JVE Côte d’Ivoire renforce la résilience des communautés locales de Sassandra

Les communautés locales rencontrent d’énormes difficultés liées au changement climatique, à savoir la perte des terres et des ressources, l’augmentation des risques de sécheresses, la perte de biodiversité… En vue de discuter de ces enjeux, en particulier des effets de l’avancée des eaux et des accaparements de terre à Sassandra, l’ONG Jeunes Volontaires pour l’Environnement Côte d’Ivoire (JVE), était aux côtés des populations des villages impactés de cette zone, le lundi 18 septembre 2023.

Intitulée « Arbre à palabres climatique », la deuxième édition de l’assemblée populaire climatique s’est tenue à la salle de réunion du district sanitaire de la ville. Elle a enregistré la participation des cadres, des jeunes et des femmes de 10 villages environnant, notamment Batreble, Niezeko, Lebleko, Bassa, Lateko, Godai, Niega, Pauly, Drewin et Goviadou.

Cet Arbre à palabres climatique visait à sensibiliser les membres des communautés locales sur les enjeux du changement climatique, les impacts potentiels et les stratégies d’adaptation. L’objectif est de renforcer la compréhension et l’engagement actif de ces communautés, et de leur proposer un plaidoyer, avec leur participation. Pour cela, les activités ont porté notamment sur la présentation de l’African People Counter COP (APCC), les témoignages des communautés, la présentation des images des dégâts, des pertes et dommages, etc.

“ Deux maux : changement climatique et accaparement des terres ”

Selon le Responsable de la justice sociale et des programmes de la structure organisatrice JVE, Nahounou Daleba, « ces communautés impactées font face à deux maux, le changement climatique et l’accaparement des terres. Elles subissent l’avancée de la mer et ne savent pas où s’installer parce qu’en aval, leurs terres sont occupées depuis plus de 112 ans, d’abord par le colon et ensuite par l’Etat de Côte d’Ivoire. Elles ne peuvent pas avancer parce que leurs terres sont occupées par cette structure étatique qui est le Centre national de Recherche agronomique de Côte d’Ivoire (CNRA). Il faut donc trouver des solutions aujourd’hui, face à ces communautés qui ne peuvent pas s’opposer à l’avancée de la mer,  mais qui ont aussi besoin de nouvelles installations », a-t-il expliqué.


“ Que le monde entier entende nos pleurs ! ”

Lors des échanges, le Président du collectif des Chefs de la préfecture de Sassandra, Grah Moni, a, pour sa part, exposé les difficultés rencontrées. « Le CNRA s’est accaparé de nos terres de façon illégale. Nous avons parlé de ce problème avec la Direction générale du CNRA, au cabinet du préfet. A cet effet, le préfet a mis en place les comités avec lesquels il fallait créer un cadre de discussions pour trouver des solutions adéquates. Nous n’avons pas eu de retour. Nous sommes sérieusement menacés. Nous ne savons plus à qui nous adresser. La Côte d’Ivoire est un pays de dialogue, donc nous passons toujours par la négociation. Sincèrement, nous souhaitons que vous parliez haut et très fort, afin que le monde entier entende nos pleurs », a plaidé le Chef du village de Niega.

Poursuivant les échanges, le Responsable de la justice sociale et des programmes JVE, ainsi que les communautés locales extérieures associées à l’activité, n’ont pas manqué d’exhorter l’assemblée à continuer la lutte dans la solidarité.

Inclusion des jeunes et des femmes

« Nous ne sommes pas en train de vous révolter, mais vous devez entrer en possession de vos droits. Vous avez tout un tas de problèmes à résoudre. Mais souvent, les chefs sont en désaccord avec d’autres chefs et si vous continuez ainsi tout ce que nous allons faire ne va pas aboutir. Faites aussi confiance aux jeunes. Je voudrais aussi dire aux jeunes de s’entendre avec les chefs, c’est très important. Réglez tous les problèmes et vous pourrez bénéficier de nos formations », a souhaité le Président de l’Association pour le Développement durable (ADD), Téré Marcel.


La Présidente des femmes artisans de Côte d’Ivoire (AFACI) de San-Pédro, Mathilde Boko, a quant à elle insisté sur l’inclusion des femmes dans les combats. « Dans le combat du projet de la centrale à charbon de San Pedro, nous avons été au Sénégal par le biais de JVE Côte d’Ivoire pour nous imprégner des réalités de certaines communautés locales du pays. Les Sénégalais nous ont dit que sans la participation des femmes, ils n’auraient pas eu gain de cause. Laissez vos femmes s’unir, elles peuvent terminer ce que vous avez commencé. Les femmes organisez-vous, laissez les querelles. Mettez-vous ensemble pour le bien des 10 villages, mais respectez aussi vos maris.», a-t-elle demandé.


Réorganiser les démarches de revendication

Avant de clore les échanges, Grah Moni a, au nom des Chefs des villages présents, promis de réorganiser les démarches des revendications. « Voici des années que la jeunesse avait engagé le combat de façon désordonnée. Nous étions avec la jeunesse et le combat a été désorganisé. En ma qualité de président du collectif des chefs, je reviens à mes collègues pour leur demander d’organiser les jeunes, les femmes, afin d’avoir des réunions périodiques. La réalité est que si nous ne sommes pas unis, notre combat n’aboutira pas », a-t-il dit.

Cette deuxième édition de l’Arbre à palabres climatique a débuté à Sassandra et prendra fin à Abidjan, le 30 septembre 2023 par une randonnée climatique dans la réserve naturelle partielle de Daliha Fleure.
Elle a été organisée à l’approche de la COP 28 et en conjonction avec la 3e édition de l’Africain People Counter COP 2023, qui est la contre-COP africaine des peuples.

Pour rappel, JVE Côte d’Ivoire est une organisation non gouvernementale dont les actions visent à la protection de l’environnement, à la promotion de l’agroécologie paysanne et à la lutte contre les changements par l’influence des politiques et des actions de terrains dans le cadre de la mise en œuvre de son plan d’action 2023-2025.


Marina Kouakou

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